Réalité Socio-culturelle
La Commune de Kérou est limitée au Nord par la République du Burkina-Faso, au Nord-Ouest par la Commune de Tanguiéta, à l’Ouest par la Commune de Kouandé, au Sud par la Commune de Péhunco, au Sud-Est par la Commune de Sinendé (département du Borgou) et à l’Est par les Communes de Gogounou et de Banikoara (département de l’Alibori).
Comprise entre 10° 15’ et 11°09’ de latitude Nord et 1°43’ et 2°17’ de longitude Est, la Commune couvre une superficie totale de 3745Km² et compte quatre (04) arrondissements que sont : Kérou, Brignamaro, Kaobagou et Firou ; quarante-trois (43) villages administratifs et quartiers de ville. La Commune reçoit du côté ouest, une portion de la partie terminale de la chaîne de l’Atacora. La grande partie de la Commune est située dans une pénéplaine qui s’étire dans la ligne de partage des eaux entre les bassins du Niger au Nord et celui de l’Atlantique au Sud.
Les Bariba constituent le groupe socioculturel majoritaire de la commune (51,9 %) et sont pour la plupart des agriculteurs. Ensuite, viennent les Peuls, (21,40 %) essentiellement éleveurs de tradition d’une part, et agriculteurs d’autre part. Les autres ethnies représentent 26,7%. Il s’agit des Gourmantché, Djerma, des Yorubas, des Adja, des Fon, des Yom, des Lokpa, des Wama, des Berba, Bètammaribè et autres.
Le tissu social se caractérise par des liens de solidarité vivaces et de bon voisinage entre les Baatombu et les autres groupes socioculturels installés dans les localités des 04 arrondissements de la commune.
L’islam est la religion la plus pratiquée (46,3%) et les mosquées y sont nombreuses. Les religions traditionnelles représentent (34,7%). Les chrétiens sont peu présents, mais la commune abrite néanmoins quelques chapelles catholiques.
La commune de Kérou est marquée par deux types de migrations à savoir les migrations internes et celles externes du pays. Les migrations internes se font entre les villages et hameaux de la commune vers les localités qui sont un peu plus urbanisés. Ces migrations se font de manière saisonnière. Ainsi, les migrations vers les chefs-lieux d’arrondissement se font pendant la saison sèche. Au nombre des migrations externes, on distingue les émigrations et immigrations. Il s’agit pour la plupart du temps de migrations de jeunes filles et jeunes garçons, déscolarisés vers Kérou centre et les autres villes du Bénin dans le but d’apprendre un métier. L’émigration à l’extérieur du pays, se fait principalement en direction du Niger et du Nigéria et cela concerne aussi bien les jeunes gens que les adultes. Ils y vont surtout les jeunes Baribas, au Nigéria comme ouvriers agricoles alors que les jeunes Germas vont au Niger d’où ils sont originaires. On constate l’arrivée de jeunes Gourmantchés dans la commune en provenance du Burkina Faso.
L’immigration concerne les jeunes des autres communes de l’Atacora et de la Donga (Matéri, Djougou, Natitingou, Toucountouna) qui viennent comme ouvriers agricoles et les Togolaises qui travaillent dans les bars et restaurants. Dans l’ensemble, les flux migratoires ont un impact négatif sur les indicateurs sociodémographiques et économiques de la commune. On note une augmentation de la population et une forte pression sur les ressources naturelles de la commune.
Au vu du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 4) de 2013, la Commune de Kérou compte une population de 100.197 habitants dont 49.963 hommes et 50234 femmes (INSAE, RGPH4) soit 49,86 % d’hommes contre 50,14% de femmes. Signalons que le taux d'accroissement intercensitaire calculé entre 2002 et 2013 est de 4,07 % contre 3,06 % pour l’ensemble du département de l’Atacora .
La commune de Kérou à l’instar du Bénin, a une population jeune (51%) dont l’âge est compris entre 0 et 14 ans contre 50,6% pour le département de l’Atacora. Sa population est dynamique de par son taux d’accroissement. Cette population est concentrée pour la plupart à Kérou centre et dans les gros villages (Pikiré, Fêtêkou, Firou, Ouoré et Brignamaro).
La commune de Kérou a été pendant longtemps un pôle d’attraction des populations de 1979 à 2013 avec un taux d’accroissement passant de 3,16% à 4,07% pour la même période. Si le taux d’accroissement de 4,07 % entre 2002 et 2013 est maintenu, l’effectif de la population est estimé à 155.395 habitants en 2024 et passera à 197.419 à l’horizon 2030.
La densité de la population de la commune de Kérou est estimée à 27 hbts/km² sur la base du recensement de 2013 soit 73 hbts/km² dans l’arrondissement de Kérou, 31 hbts/km² dans celui de Brignamarou, 20 hbts/km² à Firou et 6 hbts/km² dans l’arrondissement de Kaobagou.
Malgré la réduction des pouvoirs traditionnels à partir de la colonisation, l’avènement de la démocratie en 1990 et la mise en œuvre de la décentralisation en 2003, qui ont confié une importante responsabilité du développement socio-économique locale aux élus locaux et à l’administration locale, les chefs traditionnels ont toujours pour mission de veiller culturellement sur leur population tout en servant de couloir de transmission entre eux et l’administration locale.
A l’image des autres peuples du Bénin, la population de la commune de Kérou est organisée en communautés fondées sur le lien de sang et de culte des ancêtres communs. L’organisation sociale est caractérisée par une structure pyramidale et patrilinéaire. La base de la pyramide sociale traditionnelle est le ménage de type africain dont le chef est l’homme.
En ce qui concerne la place de la femme, elle dispose de très peu de pouvoir de décision tant dans le ménage que dans la communauté surtout villageoise. Cependant, les femmes apportent une contribution économique de taille au foyer à travers les travaux domestiques, les travaux champêtres, la transformation agroalimentaire et le petit commerce qu’elles exercent.
A la tête des communautés, on distingue les rois assistés par des notables et la reine mère (Gnon Kogui). Pendant le diagnostic, il a été constaté que le trône est pour le moment vacant pour des raisons d’attribution et la reine mère Gnon Kogui est décédée au cours de l’année 2022. Néanmoins, les démarches de médiation sont en cours pour l’intronisation d’un nouveau roi qui à son tour procèdera à la désignation d’une nouvelle Gnon Kogui.
Bien que le chef traditionnel ait perdu de son pouvoir, il est cependant présent par la justice qu’il rend. Par exemple en matière foncière, il est incontournable. Ce qui fait que dans certaines localités de la commune, les communautés confèrent un respect remarquable à ces différentes autorités traditionnelles détenant encore des plages de pouvoirs sur le patrimoine socioculturel, religieux et foncier. Il leur fait recours en cas de litige ou de conflit. Le chef traditionnel est appelé à collaborer avec les autorités élues pour le développement de sa localité.
Du point de vue de l’organisation socioculturelle, ce sont les chefs traditionnels qui continuent toujours de faire les sacrifices sur les lieux sacrés, soit pour demander la pluie, soit pour conjurer les mauvais sorts. Il faut signaler que ces structures sociales traditionnelles sont sérieusement altérées et perdent progressivement leurs influences et leurs pouvoirs.
Quelques indicateurs sociaux permettent d’apprécier le niveau de développement social de la commune. Selon le rapport de l’enquête EMICOV 2015, le seuil de pauvreté monétaire de la commune de Kérou en 2015 est de 95 826 F CFA contre 88 288 F CFA en 2011. Ce taux largement en dessous de la moyenne départementale (Atacora) qui est de 135 305 F CFA en 2015 contre 95 152 F CFA en 2011. La commune se trouve donc être l’une des plus pauvres du département de l’Atacora. Cela se confirme par le taux de malnutrition des enfants qui en 2023 est 211, 82 enfants de moins de cinq ans malnutris sur 10 000. Le taux de prévalence du paludisme pour la même année est 20,91 dans la commune (tous cas confondus) contre 24,16 pour le département. Le taux de mortalité néonatal précoce pour 2023 est de 0,48% pour la commune.
Ces quelques indicateurs sociaux de la commune de Kérou montrent le caractère préoccupant de la pauvreté des populations dans la commune et leur vulnérabilité aux risques divers de maladies et de mortalité auxquels des actions urgentes et rigoureuses doivent être entreprises.